Après cinq Grands Prix en 2026, la Formule 1 n’a toujours distribué aucun point de pénalité sur les superlicences, y compris au Canada où Isack Hadjar a pourtant écopé d’un stop-and-go de 10 secondes pour ne pas avoir effectué de « significant reduction in speed » sous double drapeau jaune.
Montréal a surtout mis en lumière jusqu’où va ce changement. Hadjar y a été sanctionné deux fois sans recevoir le moindre point sur sa superlicence. La première fois, pour avoir changé plusieurs fois de ligne en défendant face à Charles Leclerc, une manœuvre jugée suffisamment claire et potentiellement dangereuse pour valoir 10 secondes. La seconde, bien plus lourde, pour ne pas avoir assez ralenti sous double drapeau jaune, une infraction traditionnellement considérée comme particulièrement grave et punie ici par l’une des sanctions les plus sévères encore utilisées en F1 moderne hors disqualification.
Ce n’est pas un cas isolé. En Chine, Esteban Ocon a reçu 10 secondes après son accrochage avec Franco Colapinto, sans point de pénalité. Au Canada, Oscar Piastri a lui aussi pris 10 secondes pour le contact qui a éliminé Alex Albon, là encore sans conséquence sur sa superlicence. La tendance est nette : des pénalités sportives continuent d’être infligées, mais les points qui devaient marquer les fautes répétées ou les écarts les plus sérieux ont, pour l’instant, disparu.
Ce virage s’explique par les discussions hivernales entre la FIA et les pilotes, selon les informations rapportées par Autosport et Motorsport.com. Les pilotes ont poussé pour un système plus souple, dans lequel les points seraient réservés aux comportements jugés délibérés ou téméraires, avec l’idée d’éviter qu’une accumulation d’erreurs mineures ne mène à une suspension.
Les directives 2026 rendent ce changement beaucoup plus explicite. Pour les cas marqués d’un astérisque, le document précise désormais que le chiffre affiché « denotes the guideline MAXIMUM » et que « any number of points from 0 to that number could be imposed ». Autrement dit, zéro point est noir sur blanc une option normale pour les commissaires.
Sur le fond, certaines grilles de sanctions n’ont pourtant pas été bouleversées. Le non-respect d’un double drapeau jaune reste passible d’un stop-and-go de 10 secondes, avec jusqu’à trois points de pénalité possibles. Les changements multiples de direction en défense peuvent toujours entraîner une pénalité allant de cinq secondes à un drive-through, avec jusqu’à trois points là aussi. La différence est moins dans l’arsenal disponible que dans la manière de l’utiliser.
L’évolution est encore plus visible sur les collisions. Les directives indiquent désormais que les points de pénalité pour avoir causé un accrochage doivent être ajustés « based on the severity of the incident caused ». Elles ajoutent aussi qu’une collision très mineure, un simple contact ou « kiss », peut ne déboucher sur aucune pénalité, et le maximum de points disponible dans ces cas a été ramené à zéro. En revanche, pour les incidents avec « apparent deliberate or reckless intent », la base reste fixée à quatre points.
C’est là que le débat commence. Si même une infraction liée à une règle de sécurité fondamentale comme le double drapeau jaune ne déclenche plus de points de pénalité, le système mis en place en 2014 risque de ne plus viser que des cas extrêmes et très rares. La F1 a voulu éviter les suspensions pour des fautes jugées mineures. Elle se retrouve maintenant face à une autre question : si les points ne tombent presque jamais, quelle utilité réelle leur reste-t-il ?
© Jonathan Borba