Kimi Antonelli a décroché la pole du Grand Prix de Belgique à Spa-Francorchamps en confirmant ce que le week-end laissait déjà entrevoir: en 2026, sur les très longues lignes droites, la gestion de l’énergie pèse au moins autant que l’aérodynamique ou le grip pur, et Mercedes en a livré la meilleure synthèse.
Les lectures des EL3 et des qualifications vont dans le même sens. À Spa, les écarts de charge et de décharge ont été décrits comme énormes, non seulement d’une équipe à l’autre, mais parfois d’un virage au suivant. Le chrono ne dépend donc pas seulement des choix de déploiement du système hybride, mais aussi de toute la technique du pilote, capable ou non d’arriver avec assez d’énergie dans les portions à pleine charge qui structurent le tour.
Dans ce contexte, la W17 a semblé la voiture la plus complète. Mercedes a été jugée rapide aux endroits où l’énergie doit être utilisée, compétitive dans presque tous les virages, et surtout capable d’employer la puissance du groupe propulseur aux moments les plus rentables du tour. La seule faiblesse clairement relevée a été Les Combes. Cela a suffi à faire d’Antonelli le grand favori, puis à transformer ce statut en pole.
Sa séance n’a pourtant pas été linéaire. Le vent et la sensibilité croissante des monoplaces aux conditions extérieures lui ont compliqué le début des qualifications. Avec des voitures qui travaillent dans des fenêtres de plus en plus étroites, de petites variations d’environnement peuvent désormais déplacer l’équilibre et la hiérarchie. Antonelli a eu besoin de plusieurs tentatives pour s’adapter. Une fois la bonne approche trouvée et quand il a “started to push really”, personne n’a pu s’en approcher.
Red Bull a opposé une lecture très différente du tour, particulièrement visible à Pouhon. Max Verstappen récupérait de l’énergie dans la descente vers le double gauche rapide, là où Ferrari vidait au contraire tout ce qu’elle avait. L’écart de vitesse atteignait alors 15 km/h en faveur de Lewis Hamilton avant le point de corde, puis la situation s’inversait à la sortie, Verstappen redéployant toute l’énergie stockée pendant que Hamilton repartait en recharge, avec cette fois 19 km/h d’avantage pour le Néerlandais. Ce choix, prolongé ailleurs dans le tour, lui a permis de sécuriser la première ligne et de s’installer comme premier rival d’Antonelli.
Reste que cette approche Red Bull soulève encore une question importante pour le Grand Prix. Le réglage et la gestion énergétique ont fonctionné sur un tour, mais il reste à voir ce qu’ils vaudront sur les pneus et sur la dégradation en long relais. Spa a déjà montré que certaines stratégies de récolte et de déploiement peuvent faire gagner beaucoup sur un secteur, puis exposer la voiture ailleurs.
Ferrari, elle, ressort plutôt encouragée d’une qualification sur un circuit qui expose sans pitié les faiblesses du groupe propulseur. La SF-26 a surtout été décrite comme très efficace dans les portions où l’appui compte, au point d’être considérée comme la meilleure dans l’enchaînement de Fagnes. Charles Leclerc a perdu environ une demi-seconde face à Antonelli dans les lignes droites, mais l’écart est attendu plus équilibré en course. L’essentiel pour Ferrari est d’être restée au contact sur un tracé où il n’y a nulle part où se cacher.
McLaren a aussi validé son choix d’une configuration très chargée en appui. À Spa, contrairement à Silverstone, la présence de cinq zones aérodynamiques ouvertes rend ce compromis plus viable, et la voiture a été jugée efficace dans les virages du secteur central sans payer un prix intenable en ligne droite. Là encore, la course dira si ce pari reste gagnant sur la durée.
Avant cela, la hiérarchie dessinée par les qualifications place Antonelli en favori obligé, avec Verstappen comme menace immédiate depuis la première ligne et Ferrari dans le match pour le podium. Mais à Spa, entre La Source et Les Combes, avec ces écarts d’énergie et de vitesse, le premier tour peut suffire à rebattre toutes les cartes.
© Spencer