L’Afrique du Sud intensifie sa campagne pour ramener la Formule 1 à Kyalami, avec une visite prévue du président Cyril Ramaphosa sur un Grand Prix cette saison pour appuyer un dossier qui vise le premier retour de la discipline en Afrique depuis 1993.
Le signal envoyé est autant politique que sportif. Gayton McKenzie, ministre sud-africain des Sports, a expliqué à African Business qu’il s’agirait d’« une visite de travail, pas sociale ». Selon lui, « la visite du président nous permettra d’observer, d’échanger et de renforcer notre dossier », avec un objectif clair : prouver que le pays peut satisfaire aux exigences commerciales, logistiques, infrastructurelles et de sécurité imposées pour accueillir une manche du championnat.
Le projet sud-africain repose sur Kyalami, au nord de Johannesburg, théâtre du dernier Grand Prix de F1 disputé sur le continent africain en 1993. L’an dernier, la FIA a validé un plan de modernisation du circuit vers le statut Grade 1, indispensable pour recevoir la catégorie. Les travaux, confiés à Apex Circuit Design, doivent être menés dans une fenêtre de trois ans et visent à conserver le tracé de 4,52 km tout en renforçant les infrastructures et les standards de sécurité.
Cette avancée donne plus de crédibilité au dossier sud-africain, mais elle ne garantit rien à court terme. Stefano Domenicali, président de la Formule 1, a confirmé en mai l’intérêt de la discipline pour un retour en Afrique, tout en appelant à la prudence. « Nous ne pouvons pas aller dans un nouvel endroit sans nous y engager sur le long terme », a-t-il déclaré, avant d’ajouter qu’« en toute honnêteté, je ne pense pas que nous aurons une issue à très court terme ».
La concurrence complique encore le tableau. Le Rwanda a lancé en décembre 2024 sa propre candidature avec un projet de circuit permanent près de Kigali, tandis que le Maroc travaille sur une implantation près de Tanger. Dans le même temps, le calendrier de la F1 affiche déjà 24 manches prévues en 2027 et 2028, ce qui réduit la marge pour intégrer une nouvelle destination et oblige chaque candidat à présenter un projet solide sur la durée.
Le retour d’une course africaine continue toutefois de bénéficier d’un soutien fort dans le paddock. Lewis Hamilton, septuple champion du monde et pilote Ferrari, pousse ce dossier depuis des années. Avant le Grand Prix d’Australie, il a rappelé : « Depuis six ans, peut-être sept, je me bats en coulisses pour obtenir un Grand Prix. » Hamilton a ajouté qu’il ne voulait pas quitter la F1 sans courir en Afrique.
Pour l’Afrique du Sud, l’enjeu dépasse la seule présence au calendrier. McKenzie a souligné qu’« une génération entière de jeunes passionnés africains de sport automobile n’a jamais vu une course de Formule 1 chez elle ». La candidature de Kyalami entre donc dans une phase plus concrète, mais elle devra encore convaincre la F1 qu’elle peut offrir un projet durable dans une bataille désormais continentale et mondiale.
© Jonathan Borba