Plus de 2 000 personnes ont assisté le 1er mai aux funérailles d’Alex Zanardi à la basilique Santa Giustina de Padoue, tandis que la Formule 1 lui rendait aussi hommage tout au long du week-end du Grand Prix de Miami, signe qu’au moment de sa mort à 59 ans, l’Italien était devenu bien plus qu’un ancien pilote.
Le fil conducteur de ces adieux a été le même partout : Zanardi a laissé l’image d’un homme capable de se réinventer après l’impensable. Passé par la F1 dans les années 1990 avec Jordan, Minardi, Lotus et Williams, pour un total de 41 Grands Prix, il avait vu sa vie basculer lors de son accident en CART au Lausitzring, en Allemagne, en 2001, qui avait conduit à l’amputation de ses deux jambes. Il était pourtant revenu à la compétition automobile avec des voitures adaptées et des prothèses, avant de se tourner vers le handbike et de décrocher des médailles d’or paralympiques à Londres 2012 puis à Rio 2016.
À Miami, la F1 a mis en avant cet héritage par plusieurs gestes visibles dans le paddock et sur la grille. Une minute de silence a été observée, des autocollants « Ciao Alex » ont été apposés sur des voitures Audi et Mercedes, et le nom de Zanardi figurait en grandes lettres sur la Haas d’Esteban Ocon.
L’un des hommages les plus marquants est venu de Martin Brundle, ancien pilote de F1 et consultant de Sky F1, qui a connu Zanardi sur la grille au début des années 1990. Sur Sky F1, Brundle l’a décrit comme « le personnage le plus merveilleux et l’individu le plus extraordinaire ». Il a rappelé qu’après l’accident de 2001, où Zanardi avait « perdu ses jambes et pratiquement tout son sang », beaucoup pensaient qu’il ne survivrait pas. « Je me souviens que nous étions à Monza et que nous avions entendu qu’il n’avait pas survécu, mais il s’en est sorti », a-t-il dit.
Brundle a surtout insisté sur ce qui a suivi. En l’espace de quelques années, Zanardi était revenu en tourisme, dans des championnats d’Europe et du monde, avant d’ouvrir un nouveau chapitre en handbike. Pour Brundle, cette trajectoire résumait « une nature compétitive infatigable contre toute adversité », jusqu’à faire de lui une référence bien au-delà du sport automobile.
La cérémonie de Padoue a prolongé ce message en mettant l’accent sur l’homme derrière le champion. Le cercueil blanc a été accueilli par de longs applaudissements, aux côtés de son épouse Daniela et de leur fils Niccolò. Un handbike placé près de l’autel symbolisait à la fois sa carrière paralympique et sa capacité à reconstruire sa vie après ses accidents.
Dans son homélie à Padoue, Don Marco Pozza, prêtre chargé de la cérémonie, a rappelé une idée qu’il associait à Zanardi : « Parfois, cinq secondes de plus suffisent pour faire la différence. » Cette formule a servi de fil rouge à l’hommage, comme une manière de résumer une philosophie faite de réflexion, de choix et d’apprentissage permanent.
Le témoignage le plus personnel est venu de Niccolò Zanardi, le fils d’Alex Zanardi, lors de la cérémonie à Padoue. « Il n’est pas nécessaire de penser aux grands défis pour trouver le bonheur, il est dans les petites choses de la vie quotidienne », a-t-il déclaré. Dans les hommages de Miami comme dans ceux de Padoue, c’est cette trace-là qui a dominé : celle d’un compétiteur hors norme dont l’influence s’est finalement mesurée autant dans son humanité que dans ses résultats.
© Nathanaël Desmeules