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FIA: le projet V8 2030 divise déjà les motoristes

Mohammed Ben Sulayem a relancé le débat sur l’après-2026 en mettant sur la table un moteur de F1 V8 atmosphérique de 2,6 litres, qu’il souhaite avancer de 2031 à 2030, mais l’idée d’un moteur client ou tiers et l’abandon possible du turbo se heurtent déjà à l’opposition de plusieurs constructeurs, dont Audi et Mercedes.

Selon les détails rapportés par la presse britannique en citant Motorsport Italia, la proposition de la FIA associe ce V8 à un KERS commun apportant entre 122 et 136 chevaux, avec du carburant durable. L’objectif affiché est de revenir à un groupe propulseur plus sonore tout en contenant le coût total à 500 000 euros.

Le point le plus sensible n’est pourtant pas seulement l’architecture du moteur. La FIA n’envisagerait pas d’imposer un fournisseur unique à tout le plateau, mais plutôt de créer une option de motoriste tiers, dans l’esprit d’un Cosworth, afin que certaines équipes indépendantes ne dépendent plus d’un rival direct pour leur moteur. Sur le papier, cela répond à une question d’indépendance. Dans les faits, cette piste divise, car elle fait ressurgir le risque d’une F1 à deux vitesses si un moteur indépendant moins cher devient aussi une solution sportivement inférieure.

C’est précisément la critique formulée dans le texte d’opinion qui a suivi les déclarations de Ben Sulayem. Son auteur estime qu’un moteur indépendant proposé à prix réduit « diviserait immédiatement le championnat entre les nantis et les autres », en contradiction avec la recherche d’un plateau plus resserré.

Sur le principe d’une future formule plus simple, le terrain d’entente existe pourtant. D’après les éléments rapportés, les six motoristes soutiennent largement une évolution vers des V8 moins chers et moins complexes, avec une part électrique réduite et des carburants durables. Le désaccord porte sur le détail qui change toute la philosophie technique: Audi veut conserver la suralimentation, et l’autre article indique que Mercedes partage cette opposition à une architecture atmosphérique au nom de l’efficacité.

Mattia Binotto, patron du projet Audi F1, l’a dit clairement à Motorsport.com. « Chez Audi, nous avons toujours soutenu l’importance de l’efficacité », a-t-il expliqué, en ajoutant que cette exigence concerne « la consommation de carburant, les émissions et le transfert de technologie entre le sport automobile et la production de série ». Pour lui, « le véritable défi » consiste à concevoir un moteur de F1 qui reste « très efficient » tout en étant « moins complexe, plus léger et abordable ».

Cette ligne résume le front qui se dessine face à la FIA. Ben Sulayem pousse une rupture nette avec les groupes propulseurs actuels, alors que certains constructeurs veulent simplifier sans renoncer aux éléments qui justifient leur présence industrielle en F1. Le turbo est au coeur de cette bataille, parce qu’il touche à la fois à l’image technologique des marques et à la logique d’efficacité qu’elles défendent.

L’enjeu est aussi politique. La FIA pourrait théoriquement imposer seule la formule moteur de 2031, avec le risque d’aller jusqu’à remettre en cause le modèle des équipes clientes. Mais une telle décision exposerait la discipline à un affrontement avec les constructeurs qu’elle a justement cherché à attirer ces dernières années. Ben Sulayem cherche donc un accord pour avancer la réforme à 2030, dans un contexte où Renault a déjà rejeté l’idée pour Alpine, tandis que d’autres acteurs restent plus ouverts. La bataille sur le prochain moteur F1 porte désormais autant sur l’équilibre du pouvoir dans le paddock que sur le bruit ou la cylindrée.