© Jonathan Borba

Antonelli prend l’ascendant chez Mercedes

À Montréal, George Russell a vu une victoire qui lui tendait les bras disparaître sur une panne de batterie alors qu’il menait, pendant qu’Andrea Kimi Antonelli signait une quatrième victoire consécutive et portait à 43 points son avance au championnat chez Mercedes après seulement cinq manches.

Le contraste a été brutal tant Russell avait dominé le week-end canadien. Le Britannique avait décroché la pole du Sprint puis celle du Grand Prix, remporté la course Sprint et contrôlait l’épreuve principale avant de s’arrêter au 29e puis 30e tour, victime d’une défaillance décrite par Mercedes comme catastrophique sur la batterie, avec arrêt brutal du système ERS. Antonelli en a profité pour s’imposer avec 10,7 secondes d’avance sur Lewis Hamilton.

Ce résultat a clarifié à grande vitesse la hiérarchie interne de Mercedes en ce début de saison 2026. Antonelli, 19 ans, a gagné quatre des cinq premières courses et enchaîné quatre succès d’affilée, au point de devenir déjà la référence de l’équipe. Russell, pourtant solide tout au long du week-end de Montréal, se retrouve à distance nette au classement.

Russell lui-même l’a reconnu juste après l’arrivée. Le pilote Mercedes a estimé que le championnat était désormais « à lui de le perdre » en parlant de son équipier, ajoutant qu’il avait « tellement de points d’avance » et que, pour la suite, il n’avait « plus rien à perdre ». Cette sortie a aussitôt nourri l’idée d’un basculement plus profond qu’un simple abandon malchanceux.

Mercedes, de son côté, a tenu à dédouaner totalement son pilote. Bradley Lord, directeur adjoint de l’équipe Mercedes, a expliqué dans le podcast Nu Silver Arrows Radio Show que l’abandon n’était « absolument pas » de la faute de Russell et que l’enquête prendrait du temps. Selon lui, le module doit être renvoyé au Royaume-Uni et il faudra « plusieurs mois » pour analyser précisément ce qui s’est produit et comprendre comment éviter qu’un tel incident se reproduise.

Le message interne reste donc double: Russell a livré une performance de très haut niveau à Montréal, mais le championnat a malgré tout basculé davantage vers Antonelli. Toto Wolff, directeur de Mercedes, a rejeté l’idée d’une course au titre déjà terminée en rappelant qu’il reste 17 courses et « beaucoup de points » à aller chercher. Il a aussi insisté sur la résilience de Russell, convaincu que son pilote ne renoncera pas.

Autour de Mercedes, l’interprétation a été plus sévère. Christian Fittipaldi a vu dans les propos de Russell un ton défaitiste, estimant qu’ils donnaient l’impression qu’il baissait les bras. Ralf Schumacher, lui, a décrit une situation qui tourne nettement en faveur d’Antonelli et a jugé que Russell devait réagir immédiatement pour commencer à refermer l’écart.

Le Grand Prix du Canada n’a donc pas seulement coûté de gros points à Russell. Il a transformé une lutte interne encore ouverte sur le papier en duel dont Antonelli est désormais le centre de gravité, avec Mercedes qui doit à la fois résoudre une panne majeure et gérer un championnat où son jeune leader a pris une avance déjà lourde de conséquences.