Juan Pablo Montoya estime que le plus dur commence pour Andrea Kimi Antonelli: après trois victoires de suite, le leader du championnat va désormais devoir gérer une pression grandissante, avec le Grand Prix du Canada présenté comme un premier vrai révélateur face à George Russell.
Le pilote Mercedes de 19 ans arrive à Montréal dans la meilleure forme de sa jeune carrière. Antonelli reste sur trois pole positions et trois victoires consécutives lors des trois derniers Grands Prix, et il mène le championnat avec 100 points, soit 20 de plus que son équipier après Miami. Sa vitesse n’est plus vraiment le sujet. Pour Montoya, l’enjeu est plutôt de savoir s’il peut soutenir ce rythme quand le poids de la lutte pour le titre va s’alourdir.
Dans un entretien exclusif accordé à RacingNews365, l’ancien pilote de F1 a résumé ce basculement. « Ça se passe bien maintenant, mais le plus difficile, c’est que la pression ne fera qu’augmenter au cours de l’année et que cela deviendra de plus en plus lourd », a déclaré Montoya. « Mais espérons que d’ici là il aura construit une avance. »
Montoya voit le Canada comme un point de mesure particulièrement important, justement parce que le duel interne chez Mercedes peut y changer de dimension. « Je pense que le Canada sera un moment de vérité, car si on est réaliste, George aurait dû gagner en Chine. Au Japon, Kimi était un peu plus rapide que George. Il a aussi eu la chance de la voiture de sécurité, donc tout a tourné en sa faveur. À Miami, il a vraiment dominé et il a fait du très bon travail. » Montoya a aussi jugé que Lando Norris était plus rapide en fin de course en Floride, sans pouvoir passer, et s’est dit un peu surpris que Mercedes n’ait pas été plus agressive sur la stratégie.
Ce qui donne autant de poids à Montréal, c’est le profil de Russell sur ce circuit. Le Britannique a reconnu auprès de Sky Sports F1 que Miami ne lui convenait tout simplement pas, alors que le Canada devrait au contraire être l’un de ses tracés les plus favorables. C’est aussi là qu’il a remporté sa première victoire de la saison 2025. Dans ce contexte, une nouvelle défaite face à Antonelli aurait une portée bien plus lourde qu’un simple écart de points.
Montoya a poussé cette idée encore plus loin dans le podcast Chequered Flag avec Damon Hill. Selon lui, si Antonelli bat Russell sur un terrain où son équipier est censé reprendre l’ascendant, le coup peut être mentalement très dur. « Si j’étais Kimi, j’irais à fond. Sérieusement, à l’attaque totale », a-t-il expliqué, en rappelant qu’il cherchait lui-même à battre Ralf Schumacher sur les courses qui comptaient le plus pour son équipier. « C’est comme si vous preniez un couteau, que vous l’enfonciez, puis que vous le tourniez encore un peu plus. »
Montoya a même conseillé à Antonelli d’être « glacial » et « impitoyable » dans sa manière d’aborder ce moment, avec une logique simple: dans une campagne pour le titre, il faut savoir être égoïste. L’idée n’est pas seulement de gagner une course, mais de frapper Russell là où il attend une réaction de sa part.
Russell, lui, n’a pas cherché à dramatiser la situation. Toujours auprès de Sky Sports F1, il a salué son équipier en le décrivant comme « un pilote fantastique » et « extrêmement rapide depuis le début », tout en rappelant qu’il gardait confiance en lui-même. « Je n’ai pas oublié comment piloter », a-t-il assuré, en parlant d’une phase un peu plus difficile et en soulignant qu’il n’y a eu que quatre courses jusque-là.
Pour Antonelli, le tableau n’est pas seulement menaçant. Montoya insiste aussi sur le fait que le jeune Italien est entouré d’un groupe capable d’absorber cette montée en tension. Il a cité son équipe d’ingénieurs, avec Peter Bonnington, comme un atout majeur. « Je pense que son groupe d’ingénieurs, Bono et les autres, ont déjà vécu cela de nombreuses fois. Ils savent ce qu’il faut faire, et je pense que cela rend les choses beaucoup plus faciles », a-t-il expliqué.
Antonelli lui-même s’attend à voir Russell revenir fort. Après Miami, il a reconnu que son équipier « sera sûrement super fort au Canada » parce qu’il y a « toujours été très performant ». C’est précisément ce qui donne à ce week-end une telle importance pour Mercedes: si Antonelli confirme aussi sur un circuit censé relancer Russell, il ne renforcera pas seulement son avance au championnat, il pourrait aussi prendre un avantage psychologique durable dans le duel qui structure déjà la saison de l’écurie.
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