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Schumacher et Monaco 2006, le geste qui le hante

Le 27 mai 2006 à Monaco, Michael Schumacher a immobilisé sa Ferrari à la Rascasse dans les dernières secondes de la Q3, bloqué la tentative de pole de Fernando Alonso pour 0,064 seconde, puis fini disqualifié après huit heures d’enquête dans l’un des épisodes les plus controversés de sa carrière.

Schumacher tenait alors provisoirement la pole en 1'13"898. Alonso, tout près derrière, était encore en tour rapide quand la Ferrari est partie tout droit à la Rascasse et s’est arrêtée à quelques centimètres du mur, provoquant un drapeau jaune qui a neutralisé le secteur et ruiné la fin de séance du pilote Renault.

Face aux soupçons immédiats, Schumacher a défendu la thèse de l’erreur. En conférence de presse après les qualifications, le pilote Ferrari a expliqué avoir bloqué l’avant avant de tirer trop droit. « No, I didn't cheat – and I think it is pretty tough to be asked if I did », a-t-il lancé. Il a ensuite ajouté : « Whatever you do in certain moments, your enemies believe one thing and the people who support you believe another. »

Les commissaires n’ont pas retenu cette version. Au terme d’une longue investigation, ils ont supprimé tous les temps de Schumacher et l’ont relégué en fond de grille pour le Grand Prix. Sur un circuit où dépasser relève presque toujours de l’exploit, la sanction pesait lourd. Schumacher est tout de même remonté jusqu’à la cinquième place, mais Alonso a gagné la course et consolidé son avantage dans la lutte pour le titre.

Vingt ans après, ce qui continue d’alimenter l’affaire n’est pas seulement la scène de la Rascasse, mais ce qui a été dit bien plus tard à l’intérieur même de Ferrari. Dans le documentaire Sky The Race To Perfection, diffusé en 2020, Felipe Massa, alors nouveau pilote de la Scuderia en 2006, a raconté une réunion d’avant-qualifications au cours de laquelle Ross Brawn, directeur technique de Ferrari à l’époque, aurait plaisanté sur l’idée de provoquer un drapeau jaune. « Maybe we can create a yellow flag », a rapporté Massa.

Massa a assuré que Schumacher avait ensuite transformé cette plaisanterie en acte. « It happens, exactly that. So Michael used that funny thing for him to do », a-t-il dit dans le documentaire. Puis il a ajouté l’élément le plus accablant : « It took one year for him to tell me that he did it on purpose. »

Dans le même film, Ross Brawn a lui aussi requalifié l’épisode sans détour. L’ancien responsable technique de Ferrari a parlé d’un « stupid move » et a décrit chez Schumacher des moments de « short-circuits » provoqués par une obsession de la performance. Brawn a même estimé qu’à Monaco, cette année-là, la pole n’était pas indispensable compte tenu de la stratégie, des pneus et de la voiture, ce qui renforce encore le caractère autodestructeur de la manœuvre.

Schumacher n’a jamais reconnu publiquement une intention délibérée. C’est précisément ce décalage entre sa défense de 2006 et les témoignages livrés en 2020 qui a figé Monaco 2006 comme bien plus qu’une simple controverse de qualifications : un faux pas majeur qui a coûté des points décisifs face à Alonso et laissé une tache durable sur l’héritage du septuple champion du monde.