La victoire de Lewis Hamilton à Barcelone, après deux deuxièmes places de suite à Monaco et au Canada, a propulsé le Britannique de la 5e à la 2e place du championnat et relancé immédiatement une question chez Ferrari : faut-il désormais le traiter comme le pilote prioritaire alors que Charles Leclerc se retrouve à environ 40 points derrière lui au sein de l’équipe ?
Cette série a changé la lecture de la saison. Hamilton a dépassé Lando Norris, Leclerc et George Russell au classement pilotes, tout en réduisant son retard sur le leader Kimi Antonelli de 49 à 41 points. Dans le même temps, la dynamique interne chez Ferrari s’est inversée. Alors qu’Hamilton empilait les gros points, Leclerc a perdu du terrain avec un abandon à Monaco, qu’il a attribué aux freins, puis un accident en qualifications à Barcelone avant une course perturbée par un problème hydraulique suspecté.
Après l’arrivée en Espagne, Leclerc n’a pas contesté le basculement du moment. Charles Leclerc, pilote Ferrari, a salué le résultat de son équipier en expliquant : « C’est formidable pour l’équipe, c’est formidable pour Lewis. » Il a aussi reconnu l’urgence de réagir : « Maintenant, il faut que je sois là-haut avec lui, ce qui n’a pas été le cas depuis le Canada. »
Le contraste est d’autant plus fort que Jacques Villeneuve se range désormais du côté d’une hiérarchie claire. Jacques Villeneuve, champion du monde 1997, a estimé sur le podcast The F1 Show de Sky Sports que Ferrari devait trancher en faveur d’Hamilton : « Lewis sait comment gagner, et il sait ce que cela demande. Et s’il sent une opportunité, il ne fera aucun cadeau. » Pour Villeneuve, « Ferrari doit se concentrer sur Lewis si elle veut avoir une petite chance de gagner », car « la décision est facile à prendre, parce que Leclerc est assez loin ».
Ce changement de ton n’est pas anodin. En décembre, sur le podcast High Performance, Villeneuve figurait encore parmi les critiques les plus durs d’Hamilton, allant jusqu’à dire que ses titres avaient surtout été gagnés face à des équipiers et que « le seul vrai combat qu’il a eu, c’était contre Nico, et il l’a perdu ». Il jugeait aussi qu’Hamilton semblait s’être « habitué aux années faciles ». Six mois plus tard, sa remontée chez Ferrari a complètement inversé ce jugement.
Frédéric Vasseur, lui, refuse pour l’instant d’alimenter le débat sur un numéro 1. Frédéric Vasseur, directeur de Ferrari, a éludé la question juste après Barcelone : « Je ne suis pas sûr d’avoir envie de répondre à ce genre de question. » Il a rappelé à quel point le regard extérieur avait changé vite : « Il y a deux semaines, probablement, les commentaires disaient que tout était une catastrophe, et maintenant on parle du championnat du monde. C’est la pire approche que je pourrais avoir. » Vasseur a insisté sur la continuité de la méthode Ferrari, en expliquant que l’équipe irait en Autriche « exactement avec la même approche » qu’à Barcelone, sans se projeter dans la course au titre.
Cette montée en puissance d’Hamilton n’est pas seulement liée aux résultats. Damon Hill, champion du monde 1996, a expliqué sur le podcast Chequered Flag de la BBC que le pilote Ferrari avait « forcé Ferrari à l’écouter » sur ses besoins techniques. Hill a cité notamment le passage aux freins Carbone Industrie, ensuite adopté aussi par Leclerc, et a jugé qu’après « un investissement énorme » pour recruter Hamilton, « ce serait une chose idiote à faire s’ils ne l’écoutaient pas ».
Ferrari se retrouve donc avec un pilote revenu au centre de la lutte au championnat et un autre qui admet devoir retrouver son niveau au plus vite. Vasseur refuse encore d’officialiser une priorité, mais les trois dernières courses ont placé Hamilton au cœur de la meilleure chance, même mince, de la Scuderia dans la course au titre.
© Jonathan Borba