Mohammed Ben Sulayem veut que la Formule 1 abandonne les actuels moteurs turbo hybrides en 2031 au profit de V8 moins coûteux, avec en plus un moteur indépendant sélectionné par la FIA pour les équipes clientes afin d’empêcher toute influence de type « A-team over B-team ».
Au Grand Prix de Grande-Bretagne, le président de la FIA a expliqué à plusieurs médias, dont The Race, que l’après-2030 représentait une « page blanche » et qu’il ne « change[ait] pas d’avis » sur le retour du V8. Selon lui, la génération actuelle est « trop chère et trop compliquée », alors qu’une formule plus simple pourrait réduire d’environ 50 % les budgets de recherche et développement.
La partie la plus ambitieuse de son projet concerne la fourniture moteur. Ben Sulayem veut qu’un bloc validé par la FIA puisse être acheté par les équipes clientes pour couper le levier politique des constructeurs. « There will be no control over the teams, A team over the B team, that's supplied with their engines », a déclaré Mohammed Ben Sulayem, président de la FIA, au sujet de cette architecture. Il a ajouté: « If it is affordable, then we will have one engine for the rest of the B-teams, so nobody can leverage them and tell them to 'Vote this way, or we are not going to give you a good engine'. »
Il a précisé que cette unité serait « un moteur sélectionné par la FIA », dont la neutralité, le niveau de performance et le prix seraient encadrés par l’instance. L’idée est de ne pas laisser le marché seul fixer les rapports de force entre motoristes et clients, la FIA se réservant le rôle d’arbitre sur les coûts comme sur l’équilibre technique.
Ben Sulayem lie aussi ce changement à une baisse du poids des voitures. En réduisant l’importance des batteries et des systèmes de récupération d’énergie, la FIA vise « 100kg less for the car ». Il a présenté cet objectif comme un enjeu de sécurité autant que de performance, en estimant que la vie des pilotes compte davantage que le modèle économique actuel de la discipline.
Le cadre technique, lui, reste loin d’être figé. La FIA discute encore de la part d’hybridation à conserver, Ben Sulayem évoquant un apport limité à environ 10 % à 15 % de la puissance totale, très loin des niveaux actuels. Le débat n’est pas tranché non plus entre un V8 atmosphérique et une version turbo, même si Ben Sulayem juge le turbo plus lourd, plus cher et moins favorable au son recherché.
La question du ravitaillement en course est également revenue dans les discussions. La FIA a lancé une étude sur ses avantages et ses inconvénients, notamment parce qu’un V8 consommerait davantage et que l’objectif d’alléger fortement les monoplaces se heurte à la taille du réservoir nécessaire pour couvrir toute la distance. Ben Sulayem a indiqué que rien n’était décidé à ce stade, alors que le coût supplémentaire est estimé à environ 4 millions de dollars par équipe et par an pour le matériel et le fret.
Cette remise à plat pourrait modifier en profondeur l’équilibre du paddock. Si les coûts baissent vraiment, davantage d’équipes pourraient envisager de produire leur propre moteur et la dépendance des équipes clientes reculerait. Mais le virage voulu par la FIA touche directement aux intérêts des constructeurs, dans un cadre où les accords actuels sur les moteurs et la Concorde courent jusqu’à la fin de 2030, ce qui rendra un large soutien politique presque indispensable pour imposer ce changement sans braquer les motoristes.
© Jonathan Borba