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Red Bull vise l’ADUO, Wolff ne veut aider que Honda

Laurent Mekies affirme que Red Bull doit entrer dans le dispositif ADUO pour combler son retard moteur sur Mercedes, là où Toto Wolff soutient que seule Honda devrait bénéficier de cette aide à l’approche de la première attribution des fenêtres de développement.

Le patron de Red Bull a pris le contre-pied des rumeurs du paddock qui faisaient récemment de son bloc la référence actuelle. Interrogé par Sky Sports F1, Laurent Mekies, directeur d’équipe de Red Bull, a assuré que son moteur n’est « absolument pas » au niveau des meilleurs. « Est-ce qu’il est au niveau des tout meilleurs ? Absolument pas », a-t-il dit, avant d’ajouter que son équipe espère « appartenir à cette catégorie » de motoristes autorisés à progresser via l’ADUO.

Le mécanisme, pour Additional Development and Upgrade Opportunities, a été conçu comme un filet de sécurité dans le nouveau cycle réglementaire. Tous les six Grands Prix, la FIA évalue la performance du moteur à combustion interne seul. Les constructeurs situés entre 2 % et 4 % derrière la meilleure référence obtiennent une possibilité de développement supplémentaire, et ceux à plus de 4 % de retard en reçoivent deux.

Mekies ne conteste pas l’esprit du système défendu par Mercedes. Il rejoint même Wolff sur le principe. « L’outil est là pour rattraper, pas pour dépasser tout le monde. Je suis totalement d’accord avec lui sur ce point », a-t-il expliqué. Mais son désaccord porte sur l’état réel de la hiérarchie. Selon les estimations internes de Red Bull, Mercedes conserve une marge d’« au moins trois dixièmes au tour », dont une large part viendrait du moteur thermique. Mekies a aussi décrit Mercedes comme « loin devant la plupart d’entre nous », en plaçant Ferrari et Audi près de Red Bull, tandis que Honda serait plus nettement en difficulté.

Cette lecture s’oppose frontalement à celle de Wolff. Le directeur d’équipe de Mercedes estime que l’ADUO ne doit pas servir à rebattre les cartes. « Le principe de l’ADUO était d’aider les équipes qui sont en retard sur le groupe propulseur à revenir, mais pas à dépasser les autres », a-t-il dit. Il a même prévenu qu’il serait « très surpris et déçu » si les décisions prises au titre de l’ADUO modifiaient l’ordre de compétitivité actuel. Sur la base de ses « données précises » et de sa propre analyse, Wolff considère qu’en dehors de Honda, les autres motoristes se trouvent « à peu près dans la même zone ».

Le débat est d’autant plus sensible que la première décision de la FIA est attendue dans les prochaines semaines et qu’elle ne reposera que sur un critère limité. Nikolas Tombazis, directeur des monoplaces à la FIA, a confirmé que l’évaluation ADUO sera fondée uniquement sur la puissance du moteur thermique. La fédération avait pourtant proposé au printemps 2025 d’intégrer des paramètres plus complexes, comme la pression du turbo, son diamètre ou la température du plénum. « La position unanime des motoristes à l’époque était de garder les choses simples », a rappelé Tombazis.

Ce choix ferme, pour l’instant, la porte à une prise en compte des compromis de conception. Ferrari est souvent cité comme exemple d’un motoriste ayant misé sur un turbo plus compact, avec des gains en agrément et en réponse, mais au prix d’une puissance pure inférieure. D’autres voix dans le paddock soutiennent aussi que l’intégration du moteur dans la voiture peut masquer son niveau réel. La FIA a néanmoins maintenu une lecture volontairement simple, ce qui concentre toute la bataille politique sur la mesure de la seule performance thermique.

Mekies reconnaît lui-même la difficulté de l’exercice. Il a parlé de « difficultés objectives » très élevées pour établir une image juste de la hiérarchie, en raison du partage entre thermique et batterie, mais aussi des choix fondamentaux de conception comme le petit ou le gros turbo et les effets de contre-pression. Malgré cela, Red Bull veut être classé parmi les motoristes ayant besoin d’aide, pas parmi ceux soupçonnés d’avoir dissimulé leur potentiel.

C’est bien ce point qui donne à la première attribution des ADUO une portée immédiate. Si la FIA valide la lecture de Mercedes, Honda restera seule à profiter du dispositif. Si elle suit l’évaluation de Red Bull et de Ferrari, l’outil pensé pour aider à revenir pourrait devenir un levier majeur dans la hiérarchie moteur de 2026 et 2027.