Helmut Marko estime que Red Bull s’est trompé dans le développement de sa nouvelle monoplace et admet déjà craindre que Max Verstappen ne soit pas en mesure de jouer le titre, dans une équipe qu’il juge transformée depuis la mort de Dietrich Mateschitz.
L’ancien conseiller de Red Bull, parti à la fin de la saison 2025, a décrit un début d’année très loin des attentes qu’il avait avant l’entrée en vigueur du nouveau règlement technique. Selon lui, la voiture n’a été que correcte lors de l’ouverture à Melbourne, avant que la trajectoire ne se dégrade nettement. « La nouvelle voiture n’a été que correcte lors de la première course à Melbourne, puis le développement du châssis a pris une mauvaise direction », a-t-il expliqué. Marko a aussi relativisé la part du moteur dans les difficultés actuelles. « Notre moteur n’est pas le meilleur, mais ce n’est pas le principal problème. »
Ce constat se lit directement dans les résultats. Après trois Grands Prix, Verstappen n’est que neuvième du championnat, avec pour meilleur résultat une sixième place en Australie. Le Néerlandais a ensuite abandonné en Chine puis terminé huitième au Japon. Dans le même temps, son équipier Isack Hadjar occupe la 12e place du classement.
Le plus marquant est le changement de ton de Marko sur les chances de Verstappen. Après quatre titres mondiaux consécutifs remportés entre 2021 et 2024, Red Bull n’aborde plus la saison dans la position de force qui était la sienne pendant l’ère récente. « L’an dernier, Max a accompli un miracle et s’est battu pour le titre, mais je crains que cela ne soit pas possible cette année », a-t-il déclaré.
Marko relie ce recul sportif à une rupture plus profonde dans le fonctionnement de Red Bull. Dans un entretien à l’édition autrichienne de Die Zeit, il a expliqué que la structure du groupe avait profondément changé après la mort de Mateschitz en 2022. Sous le cofondateur de Red Bull, « c’était une one-man-show », a-t-il raconté, en soulignant qu’il décidait seul, avait une vision claire et identifiait très vite ce qui fonctionnait ou non. Aujourd’hui, Marko décrit une organisation bien différente. « Maintenant, chez Red Bull, il y a trois directeurs généraux, ils doivent rendre des comptes et ainsi de suite, cela correspond davantage à une direction de groupe classique. »
Pour lui, cette évolution dépasse la seule question managériale. « Red Bull est entrée dans une nouvelle ère », a-t-il résumé, en laissant entendre que cette transformation a aussi pesé dans son propre rapport au projet. Il a toutefois insisté sur le fait que sa décision de partir n’avait pas été officiellement provoquée par cette nouvelle gouvernance.
Marko présente plutôt la perte du titre mondial 2025 comme l’élément décisif. Il a expliqué avoir voulu en tirer les conséquences après avoir vu s’échapper ce qui aurait pu être une cinquième couronne consécutive pour l’équipe, une performance seulement réussie auparavant par Michael Schumacher chez Ferrari. « Le fait que nous n’ayons pas remporté le championnat du monde en 2025. J’ai voulu en tirer les conséquences pour moi-même », a-t-il dit. Puis il a ajouté : « Cela aurait été notre cinquième titre mondial consécutif, seul Michael Schumacher y est parvenu chez Ferrari. C’était une énorme déception. »
Entre une voiture engagée dans une mauvaise direction technique et une équipe qu’il ne reconnaît plus tout à fait depuis la fin de l’ère Mateschitz, Marko dresse le portrait d’un Red Bull en rupture avec le cadre qui avait soutenu la domination de Verstappen, au moment où le champion du monde se retrouve déjà sous pression au championnat.
© Spencer