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Domenicali ouvre la porte au retour des V8 en F1

Stefano Domenicali estime que la Formule 1 a désormais la liberté de repenser son prochain cycle moteur, au point d’envisager des groupes propulseurs moins coûteux, plus légers, et même un retour à des concepts de type V8 ou V10 alimentés par des carburants durables.

Dans un entretien accordé à The Race F1 Podcast, le PDG de la F1 a expliqué que le championnat et ses motoristes sont aujourd’hui « moins dans un coin » qu’au moment où les règles actuelles ont été conçues. À l’époque, l’industrie automobile poussait fortement vers le tout électrique, ce qui avait conduit la F1 à bâtir sa prochaine génération autour d’un partage théorique 50/50 entre la puissance électrique et le V6 thermique.

Cette direction visait aussi à rester pertinente pour les constructeurs et à attirer de nouveaux entrants. Domenicali a cité l’arrivée d’Audi comme équipe d’usine, le partenariat entre Ford et Red Bull Powertrains, le retour de Honda avec Aston Martin, ainsi que le développement d’une unité de puissance General Motors pour Cadillac à partir de 2029.

Mais selon lui, l’écosystème a changé rapidement. « Je crois que les constructeurs ne seront plus dans une position où ils diront que c’est la seule voie possible », a déclaré Domenicali. « C’est la principale différence par rapport à il y a cinq ans. Donc, d’une certaine manière, nous sommes dans une situation où nous sommes moins dans un coin qu’il y a cinq ans. »

Ce changement de contexte ne signifie pas pour autant qu’il faille prolonger durablement la philosophie actuelle. Domenicali a été clair sur ce point, en faisant du coût et du poids les deux priorités. « Le coût de l’unité de puissance est trop élevé, c’est certain », a-t-il dit, en rappelant que la F1 a le devoir de garder un modèle soutenable tout en conservant une pertinence technologique.

Le poids est l’autre enjeu central. Domenicali a expliqué que toute occasion de réduire la masse des voitures devait être étudiée, et que cela passerait forcément par une batterie plus petite et plus légère. « S’il y a une nouvelle opportunité de réduire le poids, et que la seule façon d’y parvenir est de réduire la taille et le poids de la batterie, cela doit être considéré en F1 », a-t-il affirmé.

C’est là que la généralisation du carburant 100% durable prévue à partir de 2026 change la donne. Domenicali a indiqué que cette évolution « ouvre la porte » à d’autres architectures, avec un rééquilibrage entre hybridation et moteur à combustion interne. Dans cette logique, la F1 pourrait revenir à des moteurs de type V8 ou V10, avec une part d’hybridation conservée, plutôt que de rester enfermée dans la formule actuelle.

Il a aussi lié cette réflexion à l’évolution des priorités de l’industrie automobile. L’attention portée au tout électrique, a-t-il jugé, s’est atténuée, ce qui permet à la F1 de pousser plus loin une voie centrée sur l’hybride et les carburants durables. Cela pourrait aussi aider la discipline à s’attaquer à l’un de ses sujets techniques majeurs, le poids global des monoplaces.

Le prochain chantier réglementaire doit débuter cette année, sous la direction de la FIA. Domenicali a rappelé que « le régulateur, c’est la FIA », et que c’est donc à elle de proposer un ensemble de règles en tenant compte de la situation des constructeurs impliqués. Le cadre visé reste pour l’instant 2031, après cinq ans avec la prochaine génération de moteurs, mais il a prévenu que ce calendrier n’était pas figé.

Domenicali a toutefois souligné qu’un changement plus rapide serait limité par les délais de conception et de développement. La discussion sur l’après-2026 commence donc dès maintenant, avec un point de départ clair pour la F1 : les conditions qui avaient imposé la voie actuelle ne sont plus les mêmes, et cela permet enfin d’envisager un moteur plus simple, plus léger et moins cher pour la suite.