© Jonathan Borba

Bottas révèle son trouble alimentaire en F1

Dans une tribune personnelle publiée par The Players’ Tribune, Valtteri Bottas révèle que la pression de la Formule 1 l’a conduit à un trouble alimentaire en 2014, puis l’a ramené au bord de la rupture chez Mercedes, avant qu’un suivi psychologique ne lui permette de se reconstruire.

Le Finlandais de 36 ans, vainqueur à 10 reprises en Grand Prix, raconte que tout a basculé chez Williams lorsqu’on lui a expliqué que la voiture 2014 serait en surpoids et qu’il devrait compenser en perdant cinq kilos. « Si vous mettez un objectif aussi clair devant moi, je vais en faire une obsession », écrit-il. Très vite, la logique a dérapé: « Quand on me dit cinq kilos en deux mois, mon cerveau pense: “Cinq ? Pourquoi pas 10 ? On peut rendre la voiture encore plus rapide.” » Bottas résume la suite sans détour: « En gros, j’ai commencé à me priver de nourriture. »

Il décrit une spirale devenue « totalement envahissante », au point de provoquer des palpitations cardiaques à l’entraînement. Il dit avoir continué à nier l’évidence alors même que son coach voyait que quelque chose n’allait pas. Derrière des résultats encore solides en piste, il explique avoir fini avec « les nerfs en miettes », épuisé « mentalement et physiquement ».

Le point le plus bas, selon lui, est arrivé après l’accident de Jules Bianchi à Suzuka en 2014, une journée qu’il qualifie de « très, très sombre ». Sur le vol retour du Japon, alors que Bianchi était dans le coma, Bottas raconte avoir pensé: « Si l’avion s’écrase, quelle importance ? Je vais disparaître et ce sera terminé. » Il ajoute: « Je ne trouvais plus de joie en rien. » C’est à partir de là qu’il a commencé à voir un psychologue, après avoir reconnu à voix haute qu’il n’allait pas bien.

Bottas précise qu’il a gardé cette situation cachée à son équipe, à ses équipiers et même à sa famille. « Dans le paddock, on ne peut montrer aucune faiblesse », écrit-il. Seuls son coach et son médecin savaient ce qu’il traversait, et il lui a fallu « presque deux ans » pour recommencer à se sentir lui-même.

Sa lettre montre aussi que cette fragilité n’a pas disparu une fois arrivé au sommet. Promu chez Mercedes après la retraite de Nico Rosberg, Bottas explique avoir bien vécu 2017 avant d’aborder 2018 en pensant être « le meilleur pilote de la grille » et capable de viser le titre. Mais la saison a tourné autrement. Il dit avoir dû sacrifier « plusieurs victoires » pour aider Lewis Hamilton dans sa lutte pour le championnat face à Sebastian Vettel, devenant ce qu’il appelle le « wingman » de son équipier.

Avec le recul, Bottas admet que cette période l’a profondément marqué. « Toute cette situation a failli me faire quitter le sport », écrit-il. Il raconte le retour du « vieux Valtteri », obsédé, négatif, rongé par les commentaires sur les réseaux sociaux, jusqu’à se retrouver « définitivement déprimé et en burn-out ». Il va même jusqu’à écrire qu’au cours de l’hiver 2018-2019, il avait décidé de prendre sa retraite avant qu’une longue marche de trois heures dans la neige ne lui fasse changer d’état d’esprit.

La tribune éclaire aussi la rudesse du milieu bien avant ses années Mercedes. Après son titre en Formula Renault en 2008, Bottas explique avoir reçu plusieurs offres de sociétés de management pour financer sa montée vers la F1. Il a finalement choisi de travailler avec Toto Wolff et Mika Hakkinen. Selon son récit, un représentant d’une structure « très haut placée en F1 » lui a alors lancé: « Nous allons te rendre la vie très, très difficile. Ton chemin vers la F1 va être très dur maintenant. Tu as fait le mauvais choix. » Bottas dit avoir été choqué, à 19 ans, sans argent ni réseau, mais avoir simplement pensé: « D’accord, tu m’as montré qui tu es. Bonne journée. On se voit en F1. »

Son témoignage prend d’autant plus de poids qu’il ne s’arrête pas au constat. Bottas rappelle qu’il a ensuite connu le succès chez Mercedes, tout en insistant sur le changement de perspective qui l’a aidé à durer. « Écoutez, je suis toujours fou. Je fais toujours une obsession de tout ça. Je pense toujours que je suis le meilleur pilote de la grille. Mais maintenant, j’ai un peu de recul avec ça. » Dans un paddock où la faiblesse reste difficile à avouer, sa lettre met à nu le coût humain de la performance et la manière dont il a tenté d’y survivre.