Zak Brown a saisi officiellement la FIA pour durcir les règles sur la multi-propriété en Formule 1, avec une lettre de six pages adressée à son président Mohammed Ben Sulayem afin d’empêcher de nouvelles alliances entre équipes et de démanteler celles qui existent déjà, alors que la fédération examine déjà le sujet sur fond d’intérêt de Mercedes pour une participation de 24 % dans Alpine.
Le patron de McLaren y présente le dossier comme un problème de structure plus que comme un simple débat politique de paddock. Selon lui, la santé financière actuelle de la F1 ne justifie plus qu’une même entité possède ou influence stratégiquement plusieurs écuries, et cela pénalise les équipes véritablement indépendantes. Dans cette lettre, Brown estime que le championnat risque de faire « un pas en arrière en matière d’intégrité et d’équité » et appelle la discipline à « éliminer toute nouvelle alliance, que ce soit par la propriété, une participation stratégique ou toute autre forme équivalente de contrôle ou d’influence », tout en lançant « le processus de démantèlement de celles déjà établies ».
Le sujet a repris de l’ampleur ces derniers mois parce que la participation de 24 % d’Otro Capital dans Alpine est à vendre et que Mercedes fait partie des candidats annoncés. Comme Alpine s’est déjà engagée à utiliser les moteurs Mercedes à partir de 2026, la perspective nourrit l’idée d’une relation de type équipe satellite, au moment où la question des liens entre Red Bull Racing et Racing Bulls reste déjà sensible dans le paddock.
Brown appuie son argumentaire sur des exemples sportifs concrets. Il cite le point du meilleur tour retiré à McLaren par Daniel Ricciardo pour Racing Bulls lors du Grand Prix de Singapour 2024, alors que Lando Norris était en lutte avec Max Verstappen pour le titre. Il met aussi en avant l’épisode du Grand Prix de Miami, où Liam Lawson a été invité à s’effacer pour Verstappen. Pour Brown, ces situations montrent comment des intérêts alignés entre deux structures peuvent peser directement sur la compétition.
Il avance aussi l’argument des avantages structurels. McLaren a dû attendre neuf mois et verser une compensation pour faire venir Rob Marshall de Red Bull en 2024, alors que Laurent Mekies a pu passer de Racing Bulls à Red Bull au poste de directeur d’équipe en quelques jours. Brown y voit la preuve que certaines passerelles internes ne fonctionnent pas comme elles le feraient entre concurrents réellement indépendants.
La FIA ne cache plus qu’elle suit le dossier de près. Mohammed Ben Sulayem, président de la FIA, a expliqué à Miami que la fédération examinait cette question à la fois sur le plan sportif et réglementaire. « Je pense que posséder deux équipes n’est pas la bonne voie, c’est mon point de vue personnel, mais nous examinons cela car c’est un domaine compliqué », a-t-il déclaré. Il a ajouté : « Nous avons demandé à nos équipes d’examiner si c’est possible, si c’est autorisé, si c’est la bonne chose à faire. » Ben Sulayem a aussi prévenu que « si nous perdons l’esprit sportif, je pense qu’il n’y aura plus de soutien » de la part des fans.
Le débat dépasse désormais largement la seule question d’une prise de participation dans Alpine. La lettre de Brown soulève des enjeux sportifs, techniques, financiers et politiques, et l’examen lancé par la FIA porte aussi sur la capacité d’un même groupe à peser sur les votes réglementaires et sur l’équilibre concurrentiel. À l’approche du cycle de règles 2026, la propriété des équipes n’est plus seulement un sujet de perception: elle s’installe comme un vrai front de gouvernance en Formule 1.
© Lukas Raich