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F1 vise le retour d’une course au Moyen-Orient

La F1 et Liberty Media travaillent activement à réintégrer au moins un des Grands Prix de Bahreïn et d’Arabie saoudite retirés du calendrier d’avril 2026, mais tout dépend à la fois de l’évolution du conflit au Moyen-Orient et d’un accord avec les équipes et les promoteurs.

Lors de la présentation des résultats trimestriels de Liberty Media aux actionnaires, son directeur général Derek Chang a confirmé l’intensité des discussions. « Nous agirons avec prudence. Il pourrait être possible de reprogrammer une course vers la fin de la saison », a-t-il déclaré, avant d’ajouter que les responsables de la discipline travaillaient « jour et nuit » pour tenter de sauver au moins une épreuve.

L’option jugée la plus réaliste aujourd’hui consiste à utiliser la fenêtre entre l’Azerbaïdjan et Singapour, du 2 au 4 octobre. C’est le scénario qui bouleverserait le moins le calendrier, même s’il alourdirait encore une seconde moitié de saison déjà très dense et renforcerait la pression logistique sur les équipes.

L’autre piste est beaucoup plus lourde. Elle consisterait à placer une course le 6 décembre, puis à décaler Abou Dhabi au 13 décembre. Le problème est double. D’une part, Abou Dhabi dispose d’un contrat garantissant son statut de finale de saison. D’autre part, un tel montage créerait, avec Las Vegas et le Qatar, une série inédite de quatre week-ends de course consécutifs à la fin de l’année, au moment où les structures sont déjà au maximum de leurs capacités.

Stefano Domenicali, président-directeur général de la F1, a expliqué aux investisseurs que chaque scénario déclenche une réaction en chaîne. « Les délais ou fenêtres de temps changent selon que nous devons rattraper ce qui n’a pas pu être disputé en avril, ou réagir à ce qui pourrait se passer fin novembre ou début décembre », a-t-il dit. Il a ajouté que la F1 se coordonnait avec les équipes et les organisateurs, car « chaque décision a un effet domino ».

La difficulté la plus immédiate reste la logistique. Du matériel d’équipes et de Pirelli se trouve encore à Bahreïn, alors que le Moyen-Orient sert habituellement de hub central, notamment via Dubaï ou Doha, pour une grande partie du fret vers les manches asiatiques. Des solutions alternatives ont déjà dû être mises en place pour le Japon, et Singapour apparaît comme l’une des destinations les plus compliquées à gérer dans la deuxième partie de saison, aussi bien pour le matériel que pour le personnel.

Cette réorganisation a aussi un coût direct. Les frais de déplacement du personnel ne comptent pas dans le budget cap, mais le transport du matériel, lui, y est bien intégré. Or la guerre a déjà fait grimper les dépenses, et le recours à de nouveaux points de transbordement les augmente encore. Haas a souligné que cet impact pèse davantage sur les petites structures. Hoady Nidd, responsable technique de l’équipe américaine, a expliqué que « pour les petites équipes, la hausse des coûts de transport a plus d’impact, non pas forcément parce que nos dépenses sont supérieures à celles des grandes équipes, mais parce qu’elles représentent une part plus importante de notre budget ».

Même avec plusieurs mois d’anticipation, une reprogrammation obligerait chaque écurie à revoir en profondeur ses plans d’expédition, entre lots de matériel envoyés par voie maritime, contraintes de calendrier et règles de transport liées aux objectifs de durabilité. Certaines équipes ont déjà vu revenir à l’usine des conteneurs, y compris des châssis, avec plus d’une semaine de retard après le Grand Prix du Japon.

Au-delà des caisses et des avions cargo, la charge humaine devient un facteur central. Les grandes équipes disposent de davantage de personnel et peuvent faire tourner plus facilement certains postes, mais pas tous. Pour les ingénieurs liés directement aux pilotes, les techniciens spécialisés, les directeurs sportifs et d’autres fonctions clés en bord de piste, les rotations restent limitées. Une course ajoutée porterait la seconde moitié de saison à 12 épreuves en 16 semaines, soit presque quatre mois sans véritable pause pour une partie du personnel.

Cette pression supplémentaire n’a de sens que dans l’hypothèse où la situation géopolitique s’améliore rapidement. Si le conflit se prolonge, la question ne sera plus seulement de replacer Bahreïn ou Djeddah, mais de savoir si le Qatar et Abou Dhabi pourront eux-mêmes être maintenus en fin de saison.