BYD étudie une arrivée en Formule 1 avec sa propre écurie et ses discussions répétées avec Christian Horner donnent du poids à l’hypothèse d’un projet de 12e équipe plutôt qu’à un simple investissement dans Alpine.
Selon plusieurs informations concordantes, Horner a rencontré Stella Li, vice-présidente de BYD, à Cannes le week-end dernier lors de plusieurs échanges étalés sur deux jours. BYD a aussi diffusé des images de son événement « Cannes Night » sur lesquelles l’ancien patron de Red Bull apparaît parmi les invités, un signal supplémentaire d’un contact qui dépasse la simple spéculation paddock.
Le point clé est que BYD serait davantage attiré par la création d’une structure entièrement nouvelle que par l’achat d’une participation minoritaire dans une équipe existante. Cela distingue nettement le dossier de la bataille parallèle autour des 24 % d’Alpine détenus par Otro Capital, même si le constructeur chinois a aussi été cité dans ce contexte.
Stella Li avait déjà confirmé le mois dernier avoir échangé avec Stefano Domenicali à Shanghai. La dirigeante de BYD avait expliqué que le groupe était « toujours en contact étroit » avec la F1 et qu’il était en train de « discuter » d’une possible arrivée sur la grille. « J’aime la Formule 1 parce que c’est une question de passion et de culture, et les gens rêvent d’être en Formule 1 », avait-elle déclaré, en présentant aussi ce championnat comme une opportunité de « mettre notre technologie à l’épreuve ».
Pour Horner, cette piste a du sens à un moment charnière. Écarté de ses fonctions de directeur d’équipe et CEO de Red Bull à l’été 2025, il est de nouveau libre d’occuper n’importe quel rôle en Formule 1 depuis le 8 mai, à l’issue de sa période de gardening leave. Les informations publiées ces derniers mois l’ont régulièrement présenté comme désireux de revenir avec une dimension capitalistique, comme actionnaire ou partenaire, et non dans un rôle purement exécutif.
Cette combinaison rend le scénario BYD plus cohérent qu’un simple bruit de marché. D’un côté, le constructeur chinois cherche un projet F1 capable de valoriser sa technologie et son image. De l’autre, Horner représente un profil capable de bâtir une équipe autour d’un grand constructeur tout en s’y impliquant sur le plan de la gouvernance.
Le dossier reste toutefois loin d’être bouclé, car toute candidature d’une 12e équipe devrait être validée à la fois par la FIA et par Formula One Management. Mohammed Ben Sulayem, président de la FIA, s’est montré ouvert à l’idée de la « bonne équipe » et a même estimé qu’une candidature chinoise serait accueillie favorablement si elle ajoutait de la valeur au championnat. Il a aussi insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas de remplir la grille pour le principe, mais de trouver un projet qui soutienne la pérennité de la F1.
La position de la FOM paraît plus prudente. Stefano Domenicali, CEO de Formula One Group, avait averti en septembre dernier que la discipline n’examinerait qu’une candidature « de grande importance » car, selon lui, « logistiquement, nous sommes à la limite ». Il soulignait aussi la nécessité de protéger la valeur de ce qui a déjà été construit, dans un contexte où l’intérêt des investisseurs pour les équipes existantes ne cesse de croître.
C’est précisément ce qui rend BYD potentiellement important pour la suite. Si le constructeur transforme ces premiers contacts en véritable dossier d’entrée, la F1 se retrouverait face à la perspective d’accueillir un grand constructeur chinois en son nom propre, avec Horner comme possible architecte et visage sportif du projet. Pour Horner, ce serait une voie de retour plus structurante qu’un simple rachat de parts. Pour la F1, ce serait un test grandeur nature de son ouverture à une nouvelle équipe capable d’apporter un poids industriel et stratégique réel à la grille.
© Jonathan Borba