Kimi Antonelli aborde le Grand Prix de Miami en tête du championnat du monde à 19 ans, avec neuf points d’avance sur son équipier Mercedes George Russell après ses victoires consécutives en Chine et au Japon, et ce début de saison a transformé la hiérarchie attendue chez Mercedes en véritable duel pour le titre.
Le plus frappant, pour Antonelli, est que cette montée en puissance ne repose pas sur un changement brutal d’approche, mais sur le socle posé en 2025. Lors d’une session média avant Miami à laquelle participait F1.com, le pilote Mercedes a expliqué que le fait d’avoir déjà disputé « tous les circuits l’an dernier » et vécu des week-ends complets de Formule 1 l’aide à mieux savoir « à quoi s’attendre », y compris dans sa manière de se déplacer et de se gérer sur un week-end. « Globalement, je me sens plus fort », a-t-il dit, en ajoutant qu’il se sent aussi « plus détendu » et « plus en confiance ».
Antonelli a estimé que cette expérience joue un « rôle énorme » dans son début de campagne 2026. Devenu le plus jeune leader de l’histoire de la F1, il a reconnu que la saison avait commencé « un peu différemment maintenant », avec un départ meilleur que ce qu’il imaginait lui-même, mais il insiste sur la continuité de sa méthode. Son objectif reste de se concentrer sur ce qu’il a à faire, sans penser au résultat final ou au long terme, afin de « maximiser chaque fois » qu’il monte dans la voiture. Pour Miami, il a fixé une cible claire: revenir « là où nous avons laissé les choses au Japon, ou même encore plus forts ».
Cette dynamique change forcément la lecture du duel interne chez Mercedes. Antonelli ne parle pas comme un outsider surpris par sa réussite, mais comme un pilote qui sent que son niveau peut encore monter, y compris sur des pistes où il avait davantage souffert en 2025. Face à lui, Russell n’a plus seulement à gérer le statut de favori annoncé de Mercedes, mais un équipier qui a déjà converti son potentiel en victoires et en avance comptable.
Jolyon Palmer, ancien pilote de F1, a résumé cette nouvelle tension sur le podcast F1 Nation. Pour lui, Russell « reste le favori pour devenir champion du monde » grâce à sa vitesse et, surtout, à son expérience. Mais Palmer a aussi souligné qu’Antonelli, encore âgé de seulement 19 ans, gagne très vite en confiance depuis qu’il a pris la tête du championnat.
L’ancien pilote voit toutefois une différence importante dans la manière dont Russell vit cette menace. Là où Palmer estimait que Lando Norris laissait apparaître davantage de pression au début de sa campagne 2025, il décrit aujourd’hui un Russell toujours sûr de lui. Il a expliqué que le Britannique « a les épaules en arrière », qu’il traverse le paddock avec une vraie assurance et qu’il conserve cet air confiant même après avoir été battu par Antonelli en Chine et au Japon. Autrement dit, Miami n’arrive pas dans un climat de crispation ouverte chez Mercedes, mais dans celui d’un affrontement devenu beaucoup plus sérieux que prévu.
Alex Jacques, commentateur F1, va dans le même sens. Dans une vidéo de débrief du début de saison, il a affirmé que le niveau montré par Antonelli en fin d’année 2025 s’était confirmé en 2026 et que cela représentait déjà « un signal d’alarme pour George Russell ». Jacques continue de voir Russell comme le favori, en raison de son vécu et de sa connaissance de l’équipe, mais il considère que l’émergence rapide d’Antonelli a mis fin à toute idée d’un parcours tranquille vers le titre.
Johnny Herbert, interrogé par Motorsport Week, a lui aussi présenté la situation comme un face-à-face appelé à s’installer. Selon lui, il serait risqué de miser uniquement sur Antonelli plutôt que sur Russell, mais l’Italien ne peut que progresser et se renforcer à mesure qu’il mûrit. Herbert estime même que, chez Mercedes, « le titre F1 se jouera entre ces deux-là », en voyant dans cette rivalité une opportunité majeure pour l’équipe comme pour ses deux pilotes.
C’est ce qui donne à Miami un poids supérieur à celui d’une simple quatrième manche. Antonelli n’y arrive plus comme la révélation du printemps, mais comme le leader du championnat et le centre de gravité de la lutte interne chez Mercedes. Russell garde le statut de référence par son expérience, mais la bataille pour le titre ne se dessine plus autour d’un seul homme: elle se joue désormais à deux, dans le même garage.
© Jonathan Borba