Nikolas Tombazis affirme que la FIA avait repéré des failles majeures du règlement moteur 2026 de la Formule 1 bien avant le début de la saison, mais qu’elle n’a pas pu les corriger à temps faute d’obtenir l’appui politique nécessaire des motoristes.
Interrogé par The Race, le directeur monoplaces de la FIA a expliqué que l’instance avait anticipé « une grande partie » des problèmes ensuite dénoncés par les pilotes dans les deux années précédant l’entrée en vigueur du règlement. « Nous avons essayé d’apporter plusieurs ajustements », a-t-il dit, avant d’ajouter que la FIA avait échoué « à cause du système de gouvernance qui était en place », si bien que cette situation était « réalistement prévisible ».
Le point central de sa défense est que le problème n’était pas une découverte tardive après les premiers Grands Prix, mais un blocage installé en amont. Tombazis a indiqué, dans des entretiens accordés à Motorsport.com et Autosport, que les simulations montraient déjà les risques « dès 2022 environ ». À ce moment-là, selon lui, le projet était toutefois déjà trop avancé pour une remise à plat, avec des constructeurs ayant engagé trop de ressources, ce qui a laissé la FIA « légèrement en position défensive au début de la saison ».
Ce verrou venait du cadre mis en place autour du Power Unit Advisory Committee. Pour toute modification importante, il fallait l’accord de la FIA, de la Formula One Management et d’au moins quatre des cinq motoristes concernés. Tombazis a résumé l’échec sans détour : « Très simplement, nous n’avons jamais obtenu l’accord de quatre constructeurs au cours des années durant lesquelles nous avons discuté de ces ajustements. »
Il a toutefois défendu l’existence de ce système. Selon lui, il avait été conçu pour protéger à la fois les constructeurs déjà présents et les nouveaux entrants, comme Audi. Sans ce garde-fou, a-t-il expliqué, un nouvel arrivant aurait pu soutenir qu’il n’était pas encore engagé en F1 et pouvait donc dépenser « cinq fois plus d’argent », ce qui aurait été « injuste ». En contrepartie, cette gouvernance limitait la capacité de la FIA à modifier seule le règlement.
Cette impasse a fini par éclater au grand jour une fois la saison lancée, en particulier sur des circuits sensibles à la gestion de l’énergie comme Spa-Francorchamps. La F1 a alors introduit des mesures d’urgence à partir du Grand Prix de Miami en mai, puis validé une évolution plus large de la répartition de puissance, en s’éloignant du partage théorique 50/50 pour aller vers 58/42 en 2027, puis 60/40 en 2028.
Tombazis a reconnu que ces corrections auraient dû arriver plus tôt. Il a estimé qu’« idéalement », ce paquet pour 2027 et 2028 aurait pu être adopté « deux ans plus tôt », ce qui aurait évité une grande partie de la controverse et laisse surtout apparaître un fait politique majeur pour la F1 : la fédération dit avoir vu venir les défauts du règlement 2026, sans avoir eu le pouvoir de les corriger avant qu’ils n’affectent le championnat.
© Jonathan Borba